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Judith Eeckman 23 ans, étudiante en psycho à l’ULB

Comment gagner de l'argent tout en s'amusant ? Judith Eeckman a trouvé la réponse en rejoignant l'équipe du jeu Sortilège!

Quel est ce fameux job hors du commun que tu as effectué, et en quoi consistait-il ?

Mon tout premier job d’étudiant s’est fait dans l’événementiel : j’ai intégré l’équipe de Sortilège, un grand jeu d’aventure en plein air tout public. Les participants se mettent dans la peau d’aventuriers qui ont une quête à accomplir au beau milieu d’une nature parsemée d’obstacles…

Quant à moi, membre des « animacteurs » comme on nous appelait, j’avais pour rôle d’incarner l’un des huit personnages de contes prévus dans les différents scénarios définissant l’itinéraire de chaque équipe. Je me plaçais à un endroit bien précis du parcours, et lorsque les groupes parvenaient jusqu’à moi, je devais les animer en jouant la comédie, en leur lançant des défis et en leur donnant des indices sur le chemin à suivre pour continuer le jeu.

Dans quel contexte as-tu été amenée à postuler pour ce job, et comment s’est déroulée l’embauche ?

À l’époque je revenais d’une seconde rhéto à l’étranger, et je cherchais de quoi m’occuper pendant les deux mois qui précédaient la fin de l’année scolaire et les vacances d’été. L’idée de gagner un peu d’argent par moi-même m’est venue rapidement, mais à 18 ans à peine je n’avais encore jamais eu à chercher un quelconque job.

Le plus spontanément du monde, j’ai donc lancé une recherche très générale sur Internet, en tapant « job étudiant » dans le moteur de recherche. Une fois tombée sur l’annonce, j’ai pris contact avec les responsables, et j’ai alors été invitée à passer un entretien d’embauche tout à fait original.

Pas question en effet d’essayer de convaincre par le sérieux et la retenue que l’on attend d’habitude d’un candidat : d’emblée j’ai dû me risquer à des exercices d’improvisation en français comme en néerlandais pour répondre à toutes sortes de mises en situation réelles !

Comment se passait une journée d’animations ?

Le site était ouvert au public de 13h à 18h, mais je devais toujours venir plus tôt pour me maquiller, me costumer et installer mon poste, c’est-à-dire placer sur mon lieu de travail les différents accessoires et décors nécessaires à l’histoire.

Les cinq heures trente que je prestais par jour ne se ressemblaient jamais, car les personnages « tournaient » entre les étudiants : ainsi, j’ai incarné tantôt l’aubergiste, dont la tâche était d’organiser une course relais avec des plateaux géants sur lesquels devaient tenir des godets remplis d’eau, tantôt la nonne, qui faisait faire aux participants des mimes farfelus et complexes, tandis que d’autres incarnaient la princesse, le chevalier, le duc, la sentinelle…

La diversité du public contribuait aussi à ce renouvellement constant d’expériences : outre les familles avec enfants, le jeu attirait des mouvements de jeunesse de tous horizons, mais aussi des adultes venus enterrer leur vie de célibataire !

Le nombre de participants était aussi un facteur à prendre en compte : alors qu’il m’est arrivé de n’avoir que la courageuse et inépuisable « famille K-Way » à animer les jours de pluie, j’ai vécu l’expérience de groupes de cinquante personnes à gérer en même temps durant les jours d’affluence, alors qu’elles ne suivaient pas toutes le même parcours et n’avaient pas toutes la même histoire !

Le contact humain amène souvent de l’inattendu ! Quelle(s) anecdote(s) n’es-tu pas prête d’oublier ?

Je me souviendrai toujours de la tête des enfants quand j’interprétais le rôle de la sorcière. Je devais me cacher dans les buissons puis surgir tout d’un coup pour leur faire peur, et certains gosses hurlaient à se décrocher la mâchoire et partaient en courant dans tous les sens ! Puis remis du choc, ils se mettaient à commenter mon maquillage hideux, ce sur quoi je jouais en disant que j’adorais être traitée de moche et que je ne supportais pas qu’on me dise que j’étais belle. Les enfants prenaient alors un malin plaisir à me provoquer en en rajoutant des tonnes…

Un autre souvenir inoubliable : la fois où, déguisée en nonne et seule au beau milieu d’une clairière, j’attendais les visiteurs en chantant à tue-tête lorsqu’un vieux monsieur qui se promenait paisiblement dans les alentours s’est approché de moi en me demandant si tout allait bien et s’il ne pouvait rien faire pour m’aider : il devait me croire échappée d’un asile !

Quels sont les points positifs et négatifs que tu retiendras de ce job ?

J’ai adoré l’ambiance au sein du staff des « animacteurs » : à plusieurs reprises, le responsable du jour nous a offert un verre en terrasse le soir, que nous buvions ensemble en nous racontant les aventures de la journée. Sur le plan affectif, j’ai été très touchée par les commentaires laissés dans le livre d’or par les participants : lorsque l’un de mes personnages était complimenté ou remercié, j’étais aux anges !

Pour ce qui est de l’aspect négatif, je pense surtout aux conditions climatiques pas toujours favorables qui représentaient parfois un réel handicap pour le jeu d’acteur, autant quand il pleuvait des cordes (le public se faisait rare et tout était trempé) que quand il faisait caniculaire (le maquillage et les costumes devenaient rapidement insupportables à porter).

J’ai eu un peu de mal aussi avec les enfants trop terre-à-terre : les « C’est trop nul, on voit que c’est faux ! » et les « Pfff ça fait même pas peur », c’est plutôt agaçant quand on se donne à fond !

Qu’as-tu tiré de cette expérience, qui te servira plus tard dans le monde professionnel ?

Grâce à ce job j’ai appris à m’adapter et à toujours rebondir en cas d’imprévus. Et puis je sais aussi maintenant que lorsque la réalité ne convient pas à mes attentes, c’est à moi de prendre des initiatives pour que la situation redevienne positive : il ne faut pas tout attendre des autres.

J’ai aussi réalisé l’importance de la connaissance du néerlandais en Belgique, car il arrive trop souvent que la barrière de la langue soit un frein à nos intentions : même avec la longue liste de vocabulaire fournie par les organisateurs, je n’arrivais pas toujours à réagir comme je l’aurais voulu, ce qui pouvait être très frustrant…