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Pierre Kroll Dessinateur de presse

On connaît tous le coup de crayon de Pierre Kroll, incontournable dans plusieurs périodiques belges. Ce dessinateur à l’humour acéré nous livre ici les secrets de ses jobs étudiant.

Dans quel contexte vous êtes-vous décidé à travailler comme jobiste étudiant ?

Il faut savoir que tout au long de ma vie d’étudiant, d’une part je n’ai pas beaucoup travaillé, et d’autre part je n’ai pas commencé très tôt. C’était d’ailleurs tout un débat au sein de ma famille, parce que, contrairement à moi, ma sœur aînée travaillait très régulièrement pendant les vacances, et mes parents revenaient constamment à la charge. Et pourtant, même si j’étais un peu jaloux de la mobylette qu’elle avait réussi à s’acheter, je ne me décidais pas à m’y mettre, me demandant alors pourquoi j’irais perdre mon temps à travailler alors que je n’éprouvais pas le besoin de tous ces bénéfices et que je pouvais piquer la mobylette de ma sœur !

Je préférais de loin dessiner, et vendre de temps à autre l’un ou l’autre dessin. D’ailleurs ça m’a réussi, puisque je gagne aujourd’hui mieux ma vie que ma sœur, qui est enseignante… ! Néanmoins, comme mes parents n’étaient pas spécialement riches, le besoin d’argent s’est fait de plus en plus sentir lors de mes années d’études d’architecture à la Cambre…

Quels jobs d’étudiant avez-vous alors effectués et en quoi consistaient-ils ?

Comme je n’avais pas envie de me tuer à la tâche, j’ai accueilli avec enthousiasme la proposition d’un ami à moi qui était alors étudiant en médecine : devenir « cobaye médical », ou comment être bien payé sans se tuer à la tâche ! Le principe était simple : en général, je me rendais sur place (c’est-à-dire aux cliniques universitaires Saint-Luc), je faisais une prise de sang et je repartais avec un pot de médicaments, et ainsi de suite à intervalles réguliers.

Je me souviens d’une expérience qui a duré ainsi une année entière, pendant laquelle les médecins comparaient les effets de médicaments réduisant le taux de cholestérol sur des personnes malades et sur des personnes saines (j’étais, logiquement, dans celle-là sinon on me l'aurait dit) ! Au final, ceux de mes amis qui servaient dans un bar étaient affreusement jaloux de l’argent que je gagnais sans presque rien faire ! Je dois avouer aussi qu’une série d’entre eux pâlissaient devant les belles balles de ping-pong que j’avais parfois sur le bras, comme devant l’impressionnante liste d’effets secondaires qui accompagnait les médicaments !...

Par la suite, j’ai réussi à trouver un job qui se rapprochait bien plus de ma passion : pour l’Académie royale des Sciences et des Lettres, je calligraphiais le nom des lauréats de différents concours sur les diplômes préfaits. Outre le fait que je pouvais travailler confortablement sur la table du salon de mes parents (étudiant, j’ai toujours habité chez mes parents, car une fois ma première année d’architecture à l’ISA Saint-Luc terminée, j’ai quitté Liège pour faire les suivantes à Bruxelles. Mon père a alors trouvé un boulot dans la capitale et nous y avons emménagé, de sorte que je revenais à Liège le week-end pour voir ma petite amie … Je « kottais à l’envers », si vous voulez !), j’étais payé un montant fixe par papier rempli, et j’appréciais beaucoup ce rapport immédiat entre le travail et la rentrée d’argent.

Des différents jobs d’étudiant que vous avez faits, quels épisodes positifs/ négatifs vous ont particulièrement marqué ?

Globalement, mon meilleur souvenir restera mon expérience de cobaye, car elle m’a permis de m’ouvrir à d’autres études que celles d’architecture, au monde des étudiants en médecine, que je n’aurais pas fréquenté sans cela. Me fondre dans la communauté était d’ailleurs la condition sine qua non pour participer à ces expériences : il ne fallait surtout pas que les médecins sachent que je n’étais pas un de leurs étudiants, donc je faisais toujours semblant de comprendre et d’approuver les grands discours théoriques dans lesquels ils se lançaient pendant le traitement !

Par contre, je me souviendrai toujours de mon très bref et néanmoins désastreux passage au Carré de Liège comme barman : en 48h passées là-bas ou un peu plus , j'ai compris qui après mon départ volerait la caisse, j’ai été mis au courant par mes collègues des multiples techniques de fraudes derrière le bar, j’ai eu vent d’une livraison de journaux  pornographiques arrivés dans la cave au beau milieu de mon service et j’avais la sympathie d'une prostituée qui saoulait ses clients pour que ça me rapporte un peu !   Inutile de dire que je me suis tiré assez vite.

Qu’avez-vous retenu de ces diverses expériences et qui vous sert encore aujourd’hui ?

Avant tout, je dirais que chercher à gagner un peu de sous quand on est étudiant est une activité plus qu’honorable, car l’argent que l’on gagne par soi-même vaut dix fois plus que celui que l’on vous donne.

Par ailleurs, même lorsque j’étais étudiant, j’ai toujours voulu être indépendant, et je pense que c’est ce qui m’a permis de gérer si bien mes affaires aujourd’hui : à l’heure qu’il est, si je parviens à vivre de ma passion, c’est parce que je n’ai besoin d’aucune autorité pour m’exhorter au travail et à l’organisation de celui-ci.

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Photographie page d'accueil © Patricia Mathieu
Photographie blog © Michel Groenenberger